manifestation d’art contemporain Estuaire 2011

Estuaire  2007 et 2009 vu par un nazairien :
un fourre tout amusant à réorganiser

Il est ardu de donner des impressions sur un événement innovant comme Estuaire 2009 ; la dite manifestation a programmé des événements divers et variés, il faut d’emblée le souligner ; parmi ceux ci, de l’art contemporain, terme ambigu car l’art a toujours été contemporain… avant de ne plus l’être, et l’art contemporain certains y mettent à dessein n’importe quoi. Ceci dit c’est la deuxième édition de cette fête de l’estuaire et il est maintenant possible de s’exprimer avec un peu de recul.

L’importance du budget (8 Millions d’euros) justifie qu’on dise c’est génial, bon, moyen, ou médiocre, selon quel critère, et si on veut continuer ce genre de dépenses….

La manifestation aurait attiré plus de monde que la première édition, d’après la presse alors que la durée a été plus courte. On peut sans se tromper affirmer qu’il n’y a aucun phénomène de rejet alors que dans le passé des œuvres et des manifestations moins ludiques, baclées et mal médiatisées ont été immédiatement raillées et demeurent désavouées (certaines statues, le rond point Océanis, la fameuse rue de la paix et des arts avec ses cubes).

On peut mettre en doute les chiffres de fréquentation dans la mesure où il n’y a aucune billetterie, tout étant gratuit. Les organisateurs ont dit aux commerçants qu’ils ont inclus dans leur comptage le défilé inaugural avec une foule de 15 000 personnes, chiffre invérifiable. Dans la région nazairienne, on a assisté à des arrivées régulières de touristes en aout, mais pas à des foules. Ouest France précise qu’à Saint Nazaire les commerçants du port ont vu et revu des gens qui ne seraient jamais venus mais que la fréquentation des restaurants a été en retrait par rapport à 2007. Phénomène inverse pour les restaurants côté de base sous marine  Ruban bleu et centre ville. C’est normal le bateau de croisière sur la Loire arrivait cette année de ce côté là. Bref activité stable et beaucoup de commerçants regrettent que çà n’ait pas duré jusque septembre.

Depuis 2007 quatre choses se sont améliorées :

La communication est plus sobre avec des commentaires moins prétentieux sur les œuvres exposées ; le texte de la brochure officielle qui est très bien illustrée est lisible si on est indulgent pour certaines tirades un peu fumeuses.

Ouest France n’est plus partenaire officiel ; comment ce quotidien pouvait il être objectif en étant probablement financeur en 2007 ? Est il objectif ? C’est une question délicate mais les présentations dans ses colonnes fournissent des renseignements très clairs.

Le gigantisme a été évité. Il s’agissait dans la première édition d’une baudruche en forme de canard, techniquement difficile à gonfler et de la maison de Lavau impossible à immerger de façon partielle et stable dans la Loire.

Et si on fait le compte il n’y a pas beaucoup d’art « content pour rien ». Pardon contemporain, parfois on ne sait plus.

Au fait, qu’est-ce que l’art contemporain ?

Tout et n’importe quoi est  une assez bonne définition puisque tout peut faire l’affaire du moment qu’il existe un élément excitant, choquant, innovant, drôle, émouvant.
Mais de nombreuses activités du cirque ou de la télévision qu’on place loin ou en dehors de l’art, ont ces particularités. La fête inaugurale avec des géants en est un exemple assez classique, une fête similaire aux inaugurations d’une coupe du monde ou d’ouverture de Jeux Olympiques avec défilé de géants  que l’on retrouve également de façon traditionnelle dans certaines régions.
Ils étaient réussis. Bravo. On attend de les revoir. Pas besoin d’aventures compliquées qu’on oubliera. On veut les voir bouger, c’est tout. Défiler. Une ouverture ça doit simplement surprendre et faire rêver.

Il y a eu finalement beaucoup d’architecture, une quinzaine d’œuvres si l’on inclut les jardins qui sont une forme d’architecture avec en toile de fond le développement durable, des habitats ou des jardins en phase avec cette question. C’est intéressant et ce n’est pas spécialement artistique. C’est de l’écologie au sens premier, la science de la maison ( logos et oïchos), une  harmonie entre la nature et les maisons. Rien de nouveau, il y avait déjà profusion de plans d’eau, d’arbres et de potagers dans les châteaux de la Loire. On peut trouver ça artistique mais au départ ce n’est pas fait que pour cela. Ce n’est pas laid évidemment, manquerait plus que cela…

D’autres œuvres, finalement plus rares, ont un intérêt purement visuel et ne peuvent être considérées que comme de l’art contemporain. Les anneaux de Buren à Nantes, je ne m’en lasse pas et je ne m’en lasserai jamais. C’est de l’art non conceptuel, ça ne fait pas se tordre les méninges. Les triangles de Varini à SN c’est à voir.

Enfin, il existe un assez grand nombre d’œuvres qui s’apparentent plus ou moins au cinéma : vidéo de quelques minutes, effets spéciaux, jeux de lumière, jet d’eau.
Est-ce de l’art contemporain ? ça peut être assez ennuyeux ou valoir vraiment le coup d’oeil. Si on est curieux et on l’est quand on visite Estuaire 2009 on se fait plaisir et on fait une ballade en même temps.

Les œuvres conceptuelles sont volontiers présentes à Saint Nazaire. On a l’impression que l’auteur veut faire passer une idée. La dernière fois, c’était les bouteilles en plastique frappées du mot égalité. Cette fois-ci, c’est le mot Human Rights, toujours au Grand Café fournisseur officiel d’art conceptuel avec effet facile mais peu d’émotions. On peut arguer qu’il en faut pour tous les goûts, mais si l’on accepte que l’art contemporain dérange, comme le déclarait François Pinault à l’occasion de l’exposition payante qu’il a organisé à Dinard, alors cet art conceptuel loupe son but car il ne dérange personne. On comprendra ainsi que le grand public et même un public initié soit absolument insensible aux œuvres de ce type, dont le pourcentage devrait rester très faible.

Dans cette manifestation estivale, prend place une découverte de la région que beaucoup n’auraient jamais visitée, une découverte de la nature avec l’association LPO, une croisière sur l’eau, toutes manifestations qui pourraient avoir lieu indépendamment de cette biennale et il serait souhaitable de les programmer de façon annuelle. Elles ne coûtent quasiment rien et peuvent rapporter gros et longtemps.

On retrouve l’idée d’un art qui s’expose en dehors des musées. C’est bien mais ce n’est pas nouveau. On va visiter Versailles et on découvre en prime Jeff Koons. On va visiter les caves de champagne Pommery à Reims en 2008 et on déguste en prime 50 objets d’arts contemporains de la meilleure facture. On n’aime pas toutes ces œuvres mais ce sont des lieux où on a toujours incontestablement su promouvoir les artistes. A chaque fois on paye son entrée, pas plus chère que l’entrée sans les œuvres, c’est donc une autre forme de gratuité et on se déplace aussi en partie pour l’art contemporain exposé.
A Reims, c’était 50 artistes ; et non un seul artiste ayant du mal à produire 4 objets comme au Grand Café. Et des artistes qui se vendent, pas des imposteurs qui parasitent les nombreux et ennuyeux grands cafés que la DRAC impose ici et là en France et à qui personne n’achète rien parce qu’ils sont le plus souvent dépourvus de talent.

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En somme, Jean Blaise a rassemblé des animations divertissantes plutôt qu’ennuyeuses ; le mot art contemporain pourrait être gommé sans rien retirer à l’événement.

Car il s’agit plutôt d’une fête qui se situe dans la région de l’estuaire et qui remonte même jusqu’à l’abbaye de Fontevrault bien loin de Nantes avec une œuvre musicale dans un site au passé prestigieux.

Pour comprendre le véritable but d’Estuaire 2009, il faut lire la première page de la brochure et l’éditorial de Jean Blaise. Il s’agit de nous formater à l’idée qu’il faut tout penser en terme de métropole Nantes-Saint-Nazaire. S’il y a des liens majeurs entre les deux villes par le fleuve et autant par la route et le train pour tout ce qui touche l’activité économique, en revanche il n’est pas évident qu’il existe un intérêt à faire fusionner sur un plan culturel les deux villes. Cela est artificiel, programmé pour servir les intérêts des politiques et a de fortes chances d’être voué à l’échec. Concrètement, les habitants de la presqu’île de Saint-Nazaire se déplacent peu pour motifs culturels vers la région nantaise. Trop d’embouteillages. C’est exactement l’inverse qui se produit avec la folle journée qui se promène dans tout le département avec le succès que l’on connaît.
Dans d’autres publications Jean Blaise va plus loin en expliquant que la gauche aime l’art contemporain et que la droite n’y comprend rien.  Ce qui reste très discutable. Laissons les ronchons au premier duquel il se place ronchonner en rond. Rendons hommage aux publics qui ne jugent pas mais restent ouverts en se déplaçant . Laissons les se prendre de curiosité pour cet univers ou y être complétement indifférent tout en ayant voix au chapitre par leurs commentaires.